PLANCHE - LE SILENCE DE L'INDIFFERENCE du
F.°. A.°. christophe PIG.°.Présenté le 02 Août 2002
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LE SILENCE DE L'INDIFFERENCE
Mon propos dans cette planche d’apprenti n’est pas de réaliser une dissertation philosophique sur la symbolique du silence en terme de concept mais de confier à mes frères et sœurs, mon vécu, mon ressentiment, mes difficultés, mes joies ainsi que les apports et la transcription de cette allégorie dans ma recherche et mon encore jeune périple maçonnique. C’est pourquoi j’ai volontairement décidé de ne pas recourir à des citations, des extraits de source maçonnique et/ou de textes symboliques qui ne pouvaient que générer un silence de prudence et obscurcir mon propos. A mon sens, cette approche était la seule susceptible de projeter l’étude et le travail effectif que j’avais réalisé sur ce symbole, de transmettre cette compréhension et l’expérience que j’en avais vécu qui ne peut qu’être que strictement personnel, puisqu’elle est fonction de mon évolution et mes orientations. Recourir, en l’acceptant, à s’abstenir de parler constitue en fait un brutal contraste avec notre quotidien, notre mode de fonctionnement réactif par rapport aux événements et aux comportements des autres. Cette approche initiatique par l’abstinence de la parole ne me semble pas propre au monde maçonnique. Profane, ma vie voire ma survie m’avait appris par la force des circonstances à apprendre l’écoute donc à observer des périodes de silence indispensable à la gestion de cette écoute. Cette apprentissage que j’ai parfois négligé par vivacité et empressement m’était apparu crucial dans mon mécanisme de compréhension, dans la maîtrise de mon environnement, de mon comportement et de ma gestuelle. Ecouter pour mieux comprendre. Comprendre pour mieux vaincre. Dans ma première analyse, j’avoue avoir confondu ou du moins avoir prêter les mêmes vertus aux notions d’écoute et de silence. Il ne m’aura fallu que quelques mois de pratique pour m’apercevoir d’une part de l’opposabilité des deux notions, d’autre part de l’aspect compétitif de l’écoute et de l’aspect contemplation, maîtrise de soi et non des autres, dont le silence était empreint. Ce silence si simple à définir a réussi à se présenter à moi sous de multiples aspects et revêtir diverses formes, à la fois successives, complémentaires, divergentes voire pénibles presque insupportables et douloureuses dans certains cas. C’est cette expérience émotionnelle et symbolique du silence que j’aimerais tenter ici de faire partager à mes frères et sœurs. Au fil des tenues, et certainement de ma propre écoute, le premier des silences que j’ai appréhendé et celui de l’observation qui m’a permis doucement de m’acheminer vers le silence de l’introspection, c’est-à-dire de l’observation de ma propre conscience. Regarder sans intervenir par le langage me semblait limitatif. En fait il en fut tout autrement. De multiples et diverses émotions, sensations, révoltes se sont manifestées au plus profond de moi même. Le silence était externe mais au fond de moi, les échanges avec ma propre perception de mon moi furent d’une richesse extrême et incessante. Au début, le vécu de cette expérience fut déstabilisant et devint au fil du temps et après l’apprentissage de la maîtrise de ma gestuelle, de mes flux sanguins, voir de ma respiration, serein et presque agréable. Ce qui peut être peut expliquer le mutisme volontaire dans lequel certains frères et sœurs compagnons, voir maîtres semblent se complaire après le passage de leur grade. Ne pouvant intervenir par la parole, j’ai concentré l’intégralité de mes sens et de mon corps à regarder, observer, décortiquer, à analyser non plus uniquement les paroles, mais les gestes, les intonations, les odeurs, à ressentir la haine, la peur que mes interlocuteurs bruyants exprimaient. A sentir par l’observation, l’être et non plus le paraître. A démasquer, le profane du maçon, l’humain de l’inhumain et dans certains cas même le bien du mal. L’expérience que j’avais exercé dans le monde dit profane sur la notion d’écoute m’a, me semble-t-il, vite permis de maîtriser et d’acquérir rapidement la perception des autres et à descendre au plus profond de ma conscience au point d’être parfois absent et d’être ainsi à la fois plus accessibles aux agressions extérieures et également plus fort face à ces dernières. Parfois, cette abstinence au langage a engendré au plus profond de moi, un mécanisme de révolte et de douleur face à des attitudes, des propos, qui bien que ne me concernant pas, m’ont tout particulièrement affecté comme s’ils m’avaient été destiné. Le simple fait de ne pouvoir me lever pour protester, pour prendre la défense face à des phrases assassines ou injustes lancées au sein des tenues a été ressenti comme une agression empreinte parfois de douleurs, parfois de stupéfaction. Mais quelques soulagements de voir et d’entendre que l’un de mes frères ou sœurs avaient ressenti cette même agression, cette même révolte et par une prise de paroles claires et réfléchies, dispenser les paroles qui eut pu être les miennes. Quel soulagement et surtout quel réconfort de m’apercevoir, qu’aux mêmes instants ce frère ou cette sœur exprimait, sans le savoir, en mon nom ces propres pensées et que cette symbiose d’esprit me semblait alors bien plus riche que tout long et pitoyable exposé sur la richesse du partage et de l’échange. Un sel bémol à tous ces apports, celui qui m’a certainement le plus blessé, celui que j’ai le moins bien compris, celui que d’un prime abord je ne pensais pas rencontrer : le silence de l’indifférence. Pour moi ce silence a pris au moins deux aspects, l’indifférence pure et le pire à mes yeux le silence du je ne dis pas ce que je pense ou je ne crois pas ce que je dis. Ce silence de l’indifférence qui mériterait à lui seul une planche complète m’a totalement déstabilisé dans un premier temps, pour faire ensuite place à la colère, maintenant à l’heure ou je vous parle il m’a conforté dans ma présence au sein de cet atelier car à lui seul, il a renforcé mon engagement et m’a montré de façon très explicite la voie dans laquelle en aucun cas en tant que jeune maçon je ne souhaite suivre. Il m’a conforté dans ma recherche de fraternité et de compréhension de l’humain comme la seule voie dans laquelle je souhaite m’engager, et m’a permis de plaindre les frères et les sœurs qui l’utilisent en tentant de leur montrer le peu d’intérêt de cette voie plutôt que de les juger de façon impitoyable et non fraternelle. Par mon propre vécu, par ma projection dans ce symbole, j’ose affirmer que l’abstinence volontaire de parler et l’état de contemplation que cela génère, a créé en moi une dynamique d’ambiguïté, une transparence de l’être sur le paraître et s’est concrétisé par un enrichissement notamment par l’affinement de la perception des choses, des rites et surtout de mes frères et mes sœurs. Et peut être le point le plus intéressant de cette apprentissage, l’exploitation au départ volontaire, ensuite totalement involontaire de ces acquis, de cet enrichissement au sein de ma vie profane personnelle et professionnelle qui m’a fait réellement ressentir la construction d’une passerelle entre ces deux univers qui a certains instants se sont complètement confondu pour n’en faire qu’un. J’étais devenu sans rituels, de façon instantanée maçon dans mon enveloppe de profane au sein du monde profane. Pour terminer et pour profiter de l’opportunité qu’il m’est donné de rompre temporairement mon engagement de silence, je profiterais de faire passer à cette respectable et fraternelle assistance trois suppliques : - la première pour rappeler haut et fort qu’un apprenti est une pierre terriblement brute qui a besoin de l’intérêt et de la plus grande attention de tous ses frères et ses sœurs et que l’exercice de cet intérêt, de cet engagement ne doit pas manquer de réalité sur le terrain ;
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