PLANCHE - LA FRATERNITE : UN DEVOIR POUR LE FRANC MACON (Point d'affirmation, d'interrogation,  Point d'exclamation, Point de suspension)
du
F.°. A.°. Christophe PIG.°.

Présenté le 21 Mai 2003

 
 


 
 



 

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LA FRATERNITE : UN DEVOIR POUR LE FRANC-MACON . ! ?…
(Point d’Affirmation, Exclamation, Interrogation, suspension) 



Vénérable Maître, vous tous mes frères et sœurs en vos grades et qualité,

« Pourquoi souhaitez-vous devenir franc-maçon ?… ». A cette question, il me semble possible d’établir une liste non-exhaustive des principales raisons de ce souhait. Volontairement, j’écarterais les motivations « négatives », préférant passer sous silence, en tous cas pour l’instant, les raisons strictement égoïstes fondées sur la recherche de l’avancement social ou professionnel ainsi que l’appropriation du pouvoir. Ainsi, à mon avis, il est possible de regrouper ces motivations que je qualifierais de « positives » sous trois grands aspects : les motivations sociales (le fait de se retrouver, la recréation de liens sociaux), les motivations intellectuelles (recherche d’un cadre de tolérance dans lequel on peut se satisfaire et s’épanouir sur le plan de l’intellect humain) les motivations spirituelles (la maçonnerie comme un moyen de perfectionnement spirituel, le moyen de faire progresser une recherche d’humanité).

Pour ma part, l’une de mes motivations, restrictive en soi, je le conçois, était principalement axée sur la recherche d’une « communion » fraternelle qui fait de plus en plus fortement défaut au sein de nos sociétés modernes.

L’acception des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie en tant qu’association d’hommes et de femmes choisis, dont la moralité a pu être éprouvée, si bien que se sentant parfaitement sûr les uns des autres, ils peuvent pratiquer entre eux une fraternité sincère et sans réserve, me semblait tout à fait correspondre aux attentes premières de ma quête sociale et spirituelle. D’ailleurs, tous les textes constitutifs de notre Ordre insistent sur ce point et sont notamment rappelés lors de notre serment avant de recevoir la Lumière.

Pour un apprenti, choisir comme sujet de sa deuxième planche : la fraternité, un devoir pour le franc-maçon sous l’approche du doute, du questionnement et de l’interrogation, c’est que quelque part quelque chose ne va pas, que peut-être je ne me montre pas conforme à ce que je devrais être. Un bon apprenti se doit-il de se poser ces questions ?… ne devrait-il pas faire le vide et se contenter de faire ce que ses Maîtres lui demandent de faire, d’être docile ?… Rien de plus, rien de moins.

Cependant, lorsque j’ai prêté serment à la fin de mon initiation, je me suis engagé à aimer, au sens de la fraternité maçonnique, mes frères et mes sœurs, chaque frères et sœurs de ma loge ou de tout autre obédience, s’étant engagé en son temps de façon réciproque, ce qui en soit constitue une promesse et un engagement initiatique.

Peut-être ai-je mal appréhendé, la portée précise et exacte de ce concept de fraternité et les conséquences irréfragables de cet engagement. Cette crainte soudaine et profonde m’a ainsi conduit à réfléchir, analyser, décortiquer, ce qu’ait supposé être la fraternité maçonnique.

Pris dans son acception générale, le terme « fraternité » implique que tous les hommes sont frères et qu’à ce titre ils ont droits aux respects et à l’aide des autres hommes. Mais, ainsi conçue cette analyse de la fraternité ne se distingue pas d’autres notions générales telles que la fraternité chrétienne, musulmane ou encore celle des armes.

Notre fraternité me semble être fondamentalement différente en ce sens qu’elle retient sa source essentiellement du domaine initiatique. Elle ne retire pas son essence dans l’existence d’une communauté d’opinion ou d’intérêt ou d’une quelconque convention sociale. Notre fraternité trouve sa source dans le fait que chaque franc-maçon par son initiation, s’engage dans une voie commune de recherche de progrès spirituel. Chaque maçon se trouve ainsi uni aux autres maçons par l’expérience partagée d’un symbolisme éprouvé et vécu, par le désir de tous de former une communauté initiatique. La fraternité ainsi issue de ce processus en est la conséquence directe et ne constitue en rien le résultat d’un désir commun de relations amicales. Que sur ces bases se développent des amitiés personnelles que certains maçons fassent régner en groupe limité des affections réciproques, c’est évident, mais ce n’est pas cela la fraternité initiatique à laquelle ils se sont engagés.

Resitué dans ce contexte, force est de constater qu’il ne peut y avoir de fraternité sélective. Il y a une pratique ou un exercice de la fraternité ou il n’y a pas du tout de fraternité. En fait le problème réside dans la triste constatation que de trop nombreux maçons se dépêchent vite d’oublier les termes de leur engagement ce qui conduit à ce que l’exercice notamment de la fraternité manque de réalité sur le terrain.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le sujet dont je fais état est infiniment profane et ne concerne nullement les initiés qui sont censés ne jamais se mêler des affaires d’autrui. Seul compte ce que l’on fait soi même de sa propre vie, le comportement des autres n’a aucune espèce d’importance au regard de notre propre devenir. D’ailleurs, notre Ordre impose parmi les devoirs des maçons l’obligation de tolérance et de fraternité. Ce qui signifie que si un frère ou une sœur ne se comporte pas comme untel ou untel le souhaite, ni même comme le modèle du maçon, tous les maçons doivent se comporter vis à vis de lui en toute fraternité et sans esprit critique. Ceux qui voudraient le critiquer seraient, semble t-il, les premiers à blâmer pour non pratique du devoir de tolérance et de fraternité. Ils ne seraient pas dignes, de ce fait, d’être eux-même maçons puisqu’ils se comporteraient pas comme ils doivent le faire.

De ce fait quasiment impossible d’évoquer une quelconque justice maçonnique qui pris dans ce contexte serait un non-sens. En effet, il n’est pas dévolu à l’homme et encore moins au maçon d’agir en juge. Au contraire en tant que maçon nous devons agir à l’inverse en donnant l’exemple de la juste attitude, de la mansuétude à l’égard de celui qui a faiblit, s’est trompé ou s’est égaré, de la compassion fraternelle. En allant même plus loin on peut considérer que si un frère ou une sœur autour de nous s’est égaré, nous en portons en nous tous la faute et la responsabilité car nous n’avons pas su déceler sa faille ou sa fragilité et nous n’avons rien fait pour l’aider à se fortifier ou à s’en sortir. S’il s’est retrouvé seul dans la difficulté, c’est que ses frères se sont défaussés et l’ont lâchement abandonné à lui-même. Comment pourrait-on ensuite avoir le culot de lui reprocher des griefs qui doivent se retourner contre eux.

Conclusion, laissons la vraie justice les frapper dans leur vie maçonnique et personnelle parce qu’ils devront payer pour le non accomplissement de leur engagement et le non accomplissement des devoirs auquel ils s’étaient librement astreints lors de leur prestation de leur devoir de francs-maçons.

A titre personnel, depuis mon initiation, au sein même de cet atelier, j’ai connu la trahison. La difficulté que j’ai dû alors surmonter a résidé dans le fait de l’antinomie qu’inconsciemment, je considérais comme acquise entre le concept de frères et sœurs et l’idée ignominieuse et incestueuse, voir contradictoire avec celle de trahison. Ayant foi dans mes devoirs et mes engagements, ayant foi dans les engagements de mes semblables, il m’était inconcevable de pouvoir associer trahison, délation, abandon avec la fraternité qui d’instinct m’étais à la fois du, que je devais, à la fois devoir et obligation. Ce qu’il m’a été difficile à accepter, ce n’est pas la trahison, c’est qu’elle ait pu exister dans un contexte où il était en principe impossible qu’elle existe. Impossible car contraire à nos devoirs, à nos engagements.

Trahir est humain et prévisible dans le monde profane, mais dans un contexte d’Hommes et de Femmes devant se sentir parfaitement sûr les uns des autres, sensés pratiqués une fraternité sincère et sans réserve, cela s’avère tout à fait déroutant car inconcevable en tous cas pour un jeune apprenti fervent adepte des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie moderne. Quelle cassure et quel trouble surtout.

Je sais que tôt au tard, ces francs-maçons qui n’en portent que le nom paieront pour leur lâcheté et pour leurs carences en n’ayant pas réagi ou manifesté leur soutien aux frères et aux sœurs qui en avaient besoin et qui subissaient une injustice. C’est vrai que la peur des représailles émanant d’autres dignitaires locaux, lesquels pourraient peut être empêcher leur progression vers tel ou tel haut grade les conduisent à ce taire et ainsi se faire complice de l’injustice en devenant l’injustice eux-mêmes. Par la même il fraude pour prémunir leurs intérêts personnels non avouables et deviennent ainsi des acteurs de l’iniquité. Qu’ils ne se trompent pas le célèbre précepte divin ce que tu as fais d’indigne te seras réservé leur sera appliqué avec toute la rigueur divine.

Il est cependant également intéressant de noter que notre Ordre dans sa grande sagesse a trouvé opportun de sanctionner très sévèrement tout défaut dans le respect des engagements financiers mais n’a pas juger utile de mettre en place des moyens de contrôles ordinaux appropriés et efficaces pour tout manquements flagrants aux engagements et aux valeurs auxquels chacun d’entre nous s’est volontairement soumis. Faut-il en croire pour autant que l’aspect financiers et pécuniaires primerait sur les aspects idéologiques et moraux. La question mérite d’être posée. Mais là encore est-ce à un apprenti de le faire ?… Pour ma part, je suis fortement convaincu que OUI.

En effet, accepté implicitement qu’un devoir, qu’un engagement moral puisse s’auto excuser au sein même de la conception maçonnique est susceptible de constituer une brèche dans l’élaboration de notre recherche et notre construction humaniste. Comment respecter nos rituels, notre symbolique, si elle ne se concrétise pas de façon réelle dans nos actes, nos attitudes, nos ambitions, dans notre vie. Les mots et les paroles n’ont de sens que resituer au sein d’un contexte général accepté comme tel par tous. Hors de ce contexte ne constitue-t-elle pas une parodie, risible, dénué de tout intérêts prenant par la même un caractère abjecte et repoussant. Je crois qu’au delà de la fraternité, c’est le respect des engagements librement consentis qui constitue le socle, le force et la cohésion de nos groupes. Notre union n’est point l’effet d’une discipline imposée mais ne peut naître que de nos certitudes au respect de nos engagements réciproques individuels dans lors acceptation collective.

Avant de conclure, et comme en Gaule tout se termine par des chansons et que la musique a notamment pour vocation d’adoucir les mœurs, j’aimerais que chaque frères et sœurs présents sur les colonnes prête une attention tout particulière à la partie musicale que j’ai souhaité intégrer au sein de cette planche. Cette mélodie, tant en matière de contenu que de rythmes s’est imposée à moi comme devant accompagner ma réflexion et peut-être constituer un appel pour que chacun d’entre nous se rappelle ses engagements et en assume l’exercice réel et pratique sur le terrain.

Passage musical : « Paroles, Paroles - 4’04 interprété par DALIDA en duo avec Alain DELON »

Pour terminer, nous pouvons affirmer que la plupart des hommes seront toujours séduit par des promesses de fraternité et de tolérance, mais faisons en sorte que la franc-maçonnerie soit une vraie réponse à ces besoins naturelles et non pas une vaste tromperie, une fraternité que dans un sens, celle du copinage et de la promotion, celle qui privilégient la pratique du pouvoir à l’exercice du devoir et des vertus, cela au détriment des très très nombreux francs-maçons travailleurs, bons et honnêtes qui respectent leurs engagements, attitudes et valeurs auxquels ils sont se soumis sans astreinte.



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