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LA FRATERNITE : UN DEVOIR POUR LE FRANC-MACON . ! ?…
(Point d’Affirmation,
Exclamation, Interrogation, suspension)
Vénérable Maître, vous tous mes frères et
sœurs en vos grades et qualité,
« Pourquoi souhaitez-vous devenir franc-maçon ?… ».
A cette question, il me semble possible d’établir une liste non-exhaustive
des principales raisons de ce souhait. Volontairement, j’écarterais
les motivations « négatives », préférant
passer sous silence, en tous cas pour l’instant, les raisons strictement
égoïstes fondées sur la recherche de l’avancement social
ou professionnel ainsi que l’appropriation du pouvoir. Ainsi, à
mon avis, il est possible de regrouper ces motivations que je qualifierais
de « positives » sous trois grands aspects : les motivations
sociales (le fait de se retrouver, la recréation de liens sociaux),
les motivations intellectuelles (recherche d’un cadre de tolérance
dans lequel on peut se satisfaire et s’épanouir sur le plan de l’intellect
humain) les motivations spirituelles (la maçonnerie comme un moyen
de perfectionnement spirituel, le moyen de faire progresser une recherche
d’humanité).
Pour ma part, l’une de mes motivations, restrictive en soi, je le conçois,
était principalement axée sur la recherche d’une «
communion » fraternelle qui fait de plus en plus fortement défaut
au sein de nos sociétés modernes.
L’acception des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie
en tant qu’association d’hommes et de femmes choisis, dont la moralité
a pu être éprouvée, si bien que se sentant parfaitement
sûr les uns des autres, ils peuvent pratiquer entre eux une fraternité
sincère et sans réserve, me semblait tout à fait
correspondre aux attentes premières de ma quête sociale et
spirituelle. D’ailleurs, tous les textes constitutifs de notre Ordre insistent
sur ce point et sont notamment rappelés lors de notre serment avant
de recevoir la Lumière.
Pour un apprenti, choisir comme sujet de sa deuxième planche
: la fraternité, un devoir pour le franc-maçon sous l’approche
du doute, du questionnement et de l’interrogation, c’est que quelque part
quelque chose ne va pas, que peut-être je ne me montre pas conforme
à ce que je devrais être. Un bon apprenti se doit-il de se
poser ces questions ?… ne devrait-il pas faire le vide et se contenter de
faire ce que ses Maîtres lui demandent de faire, d’être docile
?… Rien de plus, rien de moins.
Cependant, lorsque j’ai prêté serment à la fin
de mon initiation, je me suis engagé à aimer, au sens de
la fraternité maçonnique, mes frères et mes sœurs,
chaque frères et sœurs de ma loge ou de tout autre obédience,
s’étant engagé en son temps de façon réciproque,
ce qui en soit constitue une promesse et un engagement initiatique.
Peut-être ai-je mal appréhendé, la portée
précise et exacte de ce concept de fraternité et les conséquences
irréfragables de cet engagement. Cette crainte soudaine et profonde
m’a ainsi conduit à réfléchir, analyser, décortiquer,
ce qu’ait supposé être la fraternité maçonnique.
Pris dans son acception générale, le terme « fraternité
» implique que tous les hommes sont frères et qu’à
ce titre ils ont droits aux respects et à l’aide des autres hommes.
Mais, ainsi conçue cette analyse de la fraternité ne se distingue
pas d’autres notions générales telles que la fraternité
chrétienne, musulmane ou encore celle des armes.
Notre fraternité me semble être fondamentalement différente
en ce sens qu’elle retient sa source essentiellement du domaine initiatique.
Elle ne retire pas son essence dans l’existence d’une communauté
d’opinion ou d’intérêt ou d’une quelconque convention sociale.
Notre fraternité trouve sa source dans le fait que chaque franc-maçon
par son initiation, s’engage dans une voie commune de recherche de progrès
spirituel. Chaque maçon se trouve ainsi uni aux autres maçons
par l’expérience partagée d’un symbolisme éprouvé
et vécu, par le désir de tous de former une communauté
initiatique. La fraternité ainsi issue de ce processus en est la
conséquence directe et ne constitue en rien le résultat d’un
désir commun de relations amicales. Que sur ces bases se développent
des amitiés personnelles que certains maçons fassent régner
en groupe limité des affections réciproques, c’est évident,
mais ce n’est pas cela la fraternité initiatique à laquelle
ils se sont engagés.
Resitué dans ce contexte, force est de constater qu’il ne peut
y avoir de fraternité sélective. Il y a une pratique ou un
exercice de la fraternité ou il n’y a pas du tout de fraternité.
En fait le problème réside dans la triste constatation que
de trop nombreux maçons se dépêchent vite d’oublier les
termes de leur engagement ce qui conduit à ce que l’exercice notamment
de la fraternité manque de réalité sur le terrain.
Il est d’ailleurs intéressant de noter que le sujet dont je
fais état est infiniment profane et ne concerne nullement les initiés
qui sont censés ne jamais se mêler des affaires d’autrui. Seul
compte ce que l’on fait soi même de sa propre vie, le comportement
des autres n’a aucune espèce d’importance au regard de notre propre
devenir. D’ailleurs, notre Ordre impose parmi les devoirs des maçons
l’obligation de tolérance et de fraternité. Ce qui signifie
que si un frère ou une sœur ne se comporte pas comme untel ou untel
le souhaite, ni même comme le modèle du maçon, tous les
maçons doivent se comporter vis à vis de lui en toute fraternité
et sans esprit critique. Ceux qui voudraient le critiquer seraient, semble
t-il, les premiers à blâmer pour non pratique du devoir de
tolérance et de fraternité. Ils ne seraient pas dignes, de
ce fait, d’être eux-même maçons puisqu’ils se comporteraient
pas comme ils doivent le faire.
De ce fait quasiment impossible d’évoquer une quelconque justice
maçonnique qui pris dans ce contexte serait un non-sens. En effet,
il n’est pas dévolu à l’homme et encore moins au maçon
d’agir en juge. Au contraire en tant que maçon nous devons agir à
l’inverse en donnant l’exemple de la juste attitude, de la mansuétude
à l’égard de celui qui a faiblit, s’est trompé ou s’est
égaré, de la compassion fraternelle. En allant même
plus loin on peut considérer que si un frère ou une sœur autour
de nous s’est égaré, nous en portons en nous tous la faute
et la responsabilité car nous n’avons pas su déceler sa faille
ou sa fragilité et nous n’avons rien fait pour l’aider à se
fortifier ou à s’en sortir. S’il s’est retrouvé seul dans
la difficulté, c’est que ses frères se sont défaussés
et l’ont lâchement abandonné à lui-même. Comment
pourrait-on ensuite avoir le culot de lui reprocher des griefs qui doivent
se retourner contre eux.
Conclusion, laissons la vraie justice les frapper dans leur vie maçonnique
et personnelle parce qu’ils devront payer pour le non accomplissement
de leur engagement et le non accomplissement des devoirs auquel ils s’étaient
librement astreints lors de leur prestation de leur devoir de francs-maçons.
A titre personnel, depuis mon initiation, au sein même de cet
atelier, j’ai connu la trahison. La difficulté que j’ai dû
alors surmonter a résidé dans le fait de l’antinomie qu’inconsciemment,
je considérais comme acquise entre le concept de frères et
sœurs et l’idée ignominieuse et incestueuse, voir contradictoire avec
celle de trahison. Ayant foi dans mes devoirs et mes engagements, ayant foi
dans les engagements de mes semblables, il m’était inconcevable de
pouvoir associer trahison, délation, abandon avec la fraternité
qui d’instinct m’étais à la fois du, que je devais, à
la fois devoir et obligation. Ce qu’il m’a été difficile à
accepter, ce n’est pas la trahison, c’est qu’elle ait pu exister dans un
contexte où il était en principe impossible qu’elle existe.
Impossible car contraire à nos devoirs, à nos engagements.
Trahir est humain et prévisible dans le monde profane, mais
dans un contexte d’Hommes et de Femmes devant se sentir parfaitement sûr
les uns des autres, sensés pratiqués une fraternité
sincère et sans réserve, cela s’avère tout à
fait déroutant car inconcevable en tous cas pour un jeune apprenti
fervent adepte des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie moderne.
Quelle cassure et quel trouble surtout.
Je sais que tôt au tard, ces francs-maçons qui n’en portent
que le nom paieront pour leur lâcheté et pour leurs carences
en n’ayant pas réagi ou manifesté leur soutien aux frères
et aux sœurs qui en avaient besoin et qui subissaient une injustice. C’est
vrai que la peur des représailles émanant d’autres dignitaires
locaux, lesquels pourraient peut être empêcher leur progression
vers tel ou tel haut grade les conduisent à ce taire et ainsi se
faire complice de l’injustice en devenant l’injustice eux-mêmes.
Par la même il fraude pour prémunir leurs intérêts
personnels non avouables et deviennent ainsi des acteurs de l’iniquité.
Qu’ils ne se trompent pas le célèbre précepte divin
ce que tu as fais d’indigne te seras réservé leur sera appliqué
avec toute la rigueur divine.
Il est cependant également intéressant de noter que notre
Ordre dans sa grande sagesse a trouvé opportun de sanctionner très
sévèrement tout défaut dans le respect des engagements
financiers mais n’a pas juger utile de mettre en place des moyens de contrôles
ordinaux appropriés et efficaces pour tout manquements flagrants
aux engagements et aux valeurs auxquels chacun d’entre nous s’est volontairement
soumis. Faut-il en croire pour autant que l’aspect financiers et pécuniaires
primerait sur les aspects idéologiques et moraux. La question mérite
d’être posée. Mais là encore est-ce à un apprenti
de le faire ?… Pour ma part, je suis fortement convaincu que OUI.
En effet, accepté implicitement qu’un devoir, qu’un engagement
moral puisse s’auto excuser au sein même de la conception maçonnique
est susceptible de constituer une brèche dans l’élaboration
de notre recherche et notre construction humaniste. Comment respecter
nos rituels, notre symbolique, si elle ne se concrétise pas de
façon réelle dans nos actes, nos attitudes, nos ambitions,
dans notre vie. Les mots et les paroles n’ont de sens que resituer au sein
d’un contexte général accepté comme tel par tous.
Hors de ce contexte ne constitue-t-elle pas une parodie, risible, dénué
de tout intérêts prenant par la même un caractère
abjecte et repoussant. Je crois qu’au delà de la fraternité,
c’est le respect des engagements librement consentis qui constitue le socle,
le force et la cohésion de nos groupes. Notre union n’est point l’effet
d’une discipline imposée mais ne peut naître que de nos certitudes
au respect de nos engagements réciproques individuels dans lors
acceptation collective.
Avant de conclure, et comme en Gaule tout se termine par des chansons
et que la musique a notamment pour vocation d’adoucir les mœurs, j’aimerais
que chaque frères et sœurs présents sur les colonnes prête
une attention tout particulière à la partie musicale que
j’ai souhaité intégrer au sein de cette planche. Cette mélodie,
tant en matière de contenu que de rythmes s’est imposée
à moi comme devant accompagner ma réflexion et peut-être
constituer un appel pour que chacun d’entre nous se rappelle ses engagements
et en assume l’exercice réel et pratique sur le terrain.
Passage musical : « Paroles, Paroles - 4’04 interprété
par DALIDA en duo avec Alain DELON »
Pour terminer, nous pouvons affirmer que la plupart des hommes seront
toujours séduit par des promesses de fraternité et de tolérance,
mais faisons en sorte que la franc-maçonnerie soit une vraie réponse
à ces besoins naturelles et non pas une vaste tromperie, une fraternité
que dans un sens, celle du copinage et de la promotion, celle qui privilégient
la pratique du pouvoir à l’exercice du devoir et des vertus, cela
au détriment des très très nombreux francs-maçons
travailleurs, bons et honnêtes qui respectent leurs engagements,
attitudes et valeurs auxquels ils sont se soumis sans astreinte.
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