DEMISSION DE L’APPRENTI
CHRISTOPHE PIGEON-MERCANTIL
Initié le 05 Octobre 2001
Mes références : CHP/MAC-06.2004b
EN RECOMMANDE AVEC ACCUSE DE RECEPTION
En espérant que contrairement à
mes autres recommandés qui n’ont pas été lu,
celui-ci sera lu en Atelier intégralement
Madame la Présidente de l’Atelier,
Mes T.°.C.°.SS.°. Mes T.°.C.°.FF.°.
Il n’est pas facile de devenir un
maçon-modèle. Je suis ce que je suis et chacun fait ce qu’il
peut avec les moyens dont il dispose. Mais il ne faut pas considérer
mes particularités comportementales comme un laisser-aller, en se
bornant à les examiner essentiellement sous un angle de perception
limité, abrupt et immédiat, voir insuffisant.
« Pourquoi ai-je souhaité
devenir franc-maçon ?… ». Pour ma part, l’une de mes motivations,
était principalement axée sur la recherche d’une « communion
» fraternelle qui fait de plus en plus fortement défaut au
sein de nos sociétés modernes. L’acception des principes fondamentaux
de la franc-maçonnerie en tant qu’association d’hommes et de femmes
choisis, dont la moralité a pu être éprouvée,
si bien que se sentant parfaitement sûr les uns des autres, ils peuvent
pratiquer entre eux une fraternité sincère et sans réserve,
me semblait tout à fait correspondre aux attentes premières
de ma quête sociale et spirituelle. D’ailleurs, tous les textes constitutifs
de notre Ordre insistent sur ce point et sont notamment rappelés
lors de notre serment avant de recevoir la Lumière.
Lorsque j’ai prêté
serment à la fin de mon initiation, je me suis engagé à
aimer, au sens de la fraternité maçonnique, mes frères
et mes sœurs, chaque frères et sœurs de ma loge ou de tout autre
obédience, s’étant engagé en son temps de façon
réciproque, ce qui en soit constitue une promesse et un engagement
initiatique.
Notre fraternité trouve sa
source dans le fait que chaque franc-maçon par son initiation, s’engage
dans une voie commune de recherche de progrès spirituel. Chaque maçon
se trouve ainsi uni aux autres maçons par l’expérience partagée
d’un symbolisme éprouvé et vécu, par le désir
de tous de former une communauté initiatique. La fraternité
ainsi issue de ce processus en est la conséquence directe et ne constitue
en rien le résultat d’un désir commun de relations amicales.
Que sur ces bases se développent des amitiés personnelles
que certains maçons fassent régner en groupe limité
des affections réciproques, c’est évident, mais ce n’est pas
cela la fraternité initiatique à laquelle ils se sont engagés.
Restitué dans ce contexte,
force est de constater qu’il ne peut y avoir de fraternité sélective.
Il y a une pratique ou un exercice de la fraternité ou il n’y a pas
du tout de fraternité. En fait le problème réside dans
la triste constatation que de trop nombreux maçons se dépêchent
vite d’oublier les termes de leur engagement ce qui conduit à ce
que l’exercice notamment de la fraternité manque de réalité
sur le terrain.
Notre Ordre impose parmi les devoirs
des maçons l’obligation de tolérance et de fraternité.
Ce qui signifie que si un frère ou une sœur ne se comporte pas comme
untel ou untel le souhaite, ni même comme le modèle du maçon,
tous les maçons doivent se comporter vis à vis de lui en toute
fraternité et sans esprit critique. Ceux qui voudraient le critiquer
seraient, semble t-il, les premiers à blâmer pour non pratique
du devoir de tolérance et de fraternité. Ils ne seraient pas
dignes, de ce fait, d’être eux-même maçons puisqu’ils
se comporteraient pas comme ils doivent le faire.
En tant que maçon nous devons
agir à l’inverse en donnant l’exemple de la juste attitude, de la
mansuétude à l’égard de celui qui a faiblit, s’est trompé
ou s’est égaré, de la compassion fraternelle. En allant même
plus loin on peut considérer que si un frère ou une sœur autour
de nous s’est égaré, nous en portons en nous tous la faute
et la responsabilité car nous n’avons pas su déceler sa faille
ou sa fragilité et nous n’avons rien fait pour l’aider à se
fortifier ou à s’en sortir. S’il s’est retrouvé seul dans
la difficulté, c’est que ses frères se sont défaussés
et l’ont lâchement abandonné à lui-même. Comment
pourrait-on ensuite avoir le culot de lui reprocher des griefs qui doivent
se retourner contre eux.
A titre personnel, depuis mon initiation,
au sein même de cet atelier, j’ai connu la trahison et les menaces
de radiation, voire de démission imposée. La difficulté
que j’ai dû alors surmonter a résidé dans le fait de
l’antinomie qu’inconsciemment, je considérais comme acquise entre
le concept de frères et sœurs et l’idée ignominieuse et incestueuse,
voir contradictoire avec celle de trahison. Ayant foi dans mes devoirs et
mes engagements, ayant foi dans les engagements de mes semblables, il m’était
inconcevable de pouvoir associer trahison, délation, abandon avec
la fraternité qui d’instinct m’étais à la fois du, que
je devais, à la fois devoir et obligation. Ce qu’il m’a été
difficile à accepter, ce n’est pas la trahison, c’est qu’elle ait
pu exister dans un contexte où il était en principe impossible
qu’elle existe. Impossible car contraire à nos devoirs, à
nos engagements.
Trahir est humain et prévisible
dans le monde profane, mais dans un contexte d’Hommes et de Femmes devant
se sentir parfaitement sûr les uns des autres, sensés pratiquer
une fraternité sincère et sans réserve, cela s’avère
tout à fait déroutant car inconcevable en tous cas pour un
jeune apprenti fervent adepte des principes fondamentaux de la franc-maçonnerie
moderne. Quelle cassure et quel trouble surtout.
Je sais que tôt au tard, ces
francs-maçons qui n’en portent que le nom paieront pour leur lâcheté
et pour leurs carences en n’ayant pas réagi ou manifesté leur
soutien aux frères et aux sœurs qui en avaient besoin et qui subissaient
une injustice. C’est vrai que la peur des représailles émanant
d’autres dignitaires locaux, lesquels pourraient peut être empêcher
leur progression vers tel ou tel haut grade les conduisent à se taire
et ainsi se faire complice de l’injustice en devenant l’injustice eux-mêmes.
Par la même il fraude pour prémunir leurs intérêts
personnels non avouables et deviennent ainsi des acteurs de l’iniquité.
Comment respecter nos rituels, notre
symbolique, si elle ne se concrétise pas de façon réelle
dans nos actes, nos attitudes, nos ambitions, dans notre vie. Les mots et
les paroles n’ont de sens que resituer au sein d’un contexte général
accepté comme tel par tous. Hors de ce contexte ne constitue-t-elle
pas une parodie, risible, dénué de tout intérêt
prenant par la même un caractère abjecte et repoussant. Je
crois qu’au delà de la fraternité, c’est le respect des engagements
librement consentis qui constitue le socle, le force et la cohésion
de nos groupes. Notre union n’est point l’effet d’une discipline imposée
mais ne peut naître que de nos certitudes au respect de nos engagements
réciproques individuels dans lors acceptation collective.
Mes frères et mes sœurs,
je me rends compte aujourd’hui que je ne peux accepter cet état de
fait au sein de l’Atelier qui m’a donné la lumière. Non parce
que mon orgueil ou ma vanité en souffre, mais parce que je ne peux
trouver ma place dans une telle construction. Je ne suis pas capable de
me comporter de cette façon.
Après de longues hésitations,
après de nombreux doutes, étant en règle avec le Trésor,
j’ai donc décidé de présenter ma demande de démission
de cet Atelier qui m’a donné la lumière et de l’Association
philosophique le Droit Humain.
Pour terminer, je crois que la plupart
des Hommes seront toujours séduits par des promesses de fraternité
et de tolérance, mais je vous en prie, mes Frères et Sœurs,
faîtes en sorte que la franc-maçonnerie soit une vraie réponse
à ces besoins naturels et non pas une vaste tromperie, une fraternité
que dans un sens, celle du copinage et de la promotion, celle qui privilégie
la pratique du pouvoir à l’exercice du devoir et des vertus, cela
au détriment des très très nombreux francs-maçons
travailleurs, bons et honnêtes qui respectent leurs engagements, attitudes
et valeurs auxquels ils sont se soumis sans astreinte.
Recevez Mes T.°.C.°.SS.°.
Mes T.°.C.°.FF.°. mes plus chaleureux baisers de paix et ma
triple accolade fraternelle.
Christophe PIGEON-MERCANTIL
Copie pour information à :
- la Fédération Française
du DROIT HUMAIN.
- à l’Orateur ;
- à la Secrétaire.